10h00. La lumière déjà haute passe à travers les rideaux et dépose sur la pièce cette clarté légèrement dorée qui appartient aux fins de matinée ensoleillée parisienne.
Je me suis levé pour accomplir ce premier geste devenu rituel depuis que je travaille à la maison : préparer du thé, ce matin-là un thé biologique au jasmin que j’achète en feuilles roulées en petites perles serrées. J’aime observer ces minuscules sphères se délier lentement dans l’eau chaude d’une petite théière transparente. Le délicieux parfum du jasmin se diffuse dans mon bureau. Il y a quelque chose de solennel dans cette lente infusion qui démarre ma journée.
Armé d’une tasse fumante, je m’installe devant mon ordinateur pour travailler à la promotion de mes écrits. Activité étrange que celle-là : mi-littéraire, mi-marchande. Elle consiste à rappeler au monde que l’on existe et que l’on écrit. Pendant un peu plus d’une heure, jusqu’à 11h45, je réponds à quelques messages et publie sur Instagram. Un travail régulier, répétitif, rébarbatif, qui ressemble au mythe de Sisyphe, constitué de gestes répétitifs qui entretiennent cette mécanique fragile.
Je dois filer au squash. Mais le téléphone sonne alors que je m’apprête à quitter mon appartement. Mon camarade m’appelle car il ne se sent pas bien et préfère donc annuler. J’avais opté pour jouer avec lui plutôt que de me rendre au cours collectif de squash qui a lieu le même jour, mais à 21h. Ma journée va donc s’allonger un peu.
Je retourne à mon bureau pour continuer à travailler. Sur les réseaux sociaux, comme souvent, j’éprouve cette perplexité mêlée d’ironie face à l’inanité de tant de messages. Des affirmations péremptoires, des indignations instantanées, des enthousiasmes qui durent le temps d’un court message. On dirait une immense agora où chacun parlerait en même temps sans écouter personne. Il m’arrive parfois de me demander si la littérature – qui demande silence et concentration – n’est pas intrinsèquement incompatible avec ce théâtre.
À l’heure du déjeuner, étant au régime, je mange rapidement une tomate bien mûre, quelques olives vertes tout en regardant un podcast consacré à l’entrepreneuriat. Mélange étrange de frugalité méditerranéenne et de discours sur la croissance, les stratégies, les modèles économiques. Je les écoute avec intérêt, mais aussi avec une certaine distance. Avec l’écriture, je prends une certaine distance d’avec le monde de l’entreprise, que je retrouve sans dégoût, mais sans plaisir non plus, quand je dois replonger dedans pour gagner ma vie.
Vers le milieu de l’après-midi, je décide de sortir effectuer une course rapide. L’avenue d’Italie a cette animation tranquille des quartiers résidentiels en semaine : passants pressés ou flânants, livreurs à vélo, conversations de personnes âgés devant les commerces. Je me rends chez le boucher halal ouvert le lundi pour acheter de la viande de dinde. Cela fait plusieurs années que je n’en ai pas mangé. O. nous préparera une recette dont elle a le secret. La cuisine, comme l’écriture, commence souvent par une intuition plus que par une recette précise.
De retour à l’appartement, je consacre une heure à préparer une certification professionnelle. Exercice absurde par certains aspects : réviser des notions théoriques qui rappellent étrangement l’épreuve du code de la route. Mon esprit, habitué à d’autres formes de réflexion, doit soudain affronter la logique sèche des questionnaires à choix multiples et des questions pièges.
Après cet effort, pour me récompenser, je change de registre en ouvrant un livre d’art photographique consacré à l’œuvre de Slim Aarons. Une heure entière à feuilleter de magnifiques photos, en profitant de la lumière du jour.
L’obscurité commence à tomber. Puisque la séance de squash du midi avait été annulée, j’ai décidé de me rendre au cours collectif du soir. L’horaire ne m’arrange pas vraiment – il coupe la soirée et repousse le retour à la maison – mais ces séances ont un avantage précieux : on y rencontre des joueurs différents. Chaque adversaire a son style, son rythme, sa manière d’occuper le court.
La séance est intense. Des exercices communs suivis par une ronde d’affrontements entre les différents joueurs présents. J’apprécie ce moment où la pensée disparaît presque entièrement, remplacée par la tactique, l’instinct et la coordination. Il n’existe plus alors que l’effort physique et l’envie de remporter la partie.
Sur le chemin du retour, légèrement fatigué mais étrangement lucide, la tête allégée, je consulte mon téléphone. Et là, bonne surprise : plusieurs ventes de mes nouvelles ont eu lieu cette journée. Le lundi est habituellement un jour creux. Les chiffres ne sont pas spectaculaires, mais néanmoins en augmentation, et produisent cette petite satisfaction que seuls les auteurs indépendants connaissent vraiment.
Non loin de moi, une bavarde à mes côtés dans le tram attire mon attention. Elle parle sans cesse et quelques-unes de ses phrases suffisent pour comprendre qu’il s’agit d’une personne très suffisante, qui ennuie d’ailleurs les personnes qui l’accompagnent.
L’orgueil est, de très loin, la caractéristique qui m’amuse le plus chez mes contemporains.
Ce péché capital ne s’annonce que rarement durant les premiers échanges, sauf peut-être chez le fat, cet être à l’insolence vaniteuse qui s’apparente à la sociopathie. L’outrecuidance irradie de lui comme une onde néfaste, informant ainsi bien vite les pauvres gens qu’il est amené à croiser.
L’orgueilleux construit ses illusions de grandeur sur différents facteurs : son milieu social, son activité professionnelle ou ses capacités physiques qu’il suppose incroyables. Celui qui n’a rien accompli et aspire – avec toute la force dont il est capable – qu’à des peccadilles, est le plus intéressant. Il rêve de gloire et d’honneurs sans fournir les accomplissements nécessaires. L’inanité de ses poursuites est caractéristique de son égarement. Il arrive aussi qu’il ne s’appuie sur rien, sinon une croyance infondée en de prétendues capacités qu’il n’a jamais prouvées à personne, sur un discours qu’il entretient avec lui-même, de belles histoires qu’il aime raconter – en premier à lui-même – et au cours desquelles il prend des libertés nombreuses avec la réalité et , en somme, mentant et se mentant sans honte.
Souvent il est aussi vantard, voire affabulateur, et c’est encore plus charmant. Il tourne la moindre de ses réalisations – réelles ou inventées – en exploit, en parle des heures, s’échauffant lui-même, et finit par soliloquer, peinant au passage ses connaissances et amis, qui doivent supporter ces séances de torture, lesquelles par nature, épuisent celles et ceux les subissant. Quand l’orgueilleux est pourtant au fond intelligent, quelques saillies distillées de loin en loin peuvent ranimer la flamme de l’attention de son auditoire. Mais elles sont bien trop rares,et dressent contre lui un mur de rejet et désintérêt. Sauf peut-être pour celui, comme moi, fasciné par les fanfarons.
Après le sport, je rentre tard. Je constate depuis la rue que la lumière de l’appartement est allumée. En arrivant à l’étage, une odeur alléchante flotte dans la cuisine. O. a préparé le dîner. Nous passons à table presque immédiatement, moi encore engourdi par la fatigue et courbaturé par le sport. Le repas était excellent – simple mais parfaitement exécuté, comme ces plats qui rappellent que la cuisine est avant tout une question d’attention et de temps.
Plus tard, dans le lit, je continue de lire La Place de l’Étoile de Patrick Modiano. Premier roman de l’auteur avec pourtant déjà un style très personnel et affirmé.
FIN
C’est tout pour aujourd’hui 🥹 J’espère que vous avez aimé cette journée dans ma vie et mon métier d’écrivain. N’hésitez pas à vous abonner si c’est le cas !
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