Je me réveille vers 8h30, un peu insatisfait d’une nuit trop courte. O. dort encore tranquillement à mes côtés, et déjà je me prépare à quitter le lit. Car aujourd’hui, une longue journée qui sera rythmée par deux étapes importantes nous attend. La première consiste à aller voter aux élections municipales. Puis nous entreprendrons un voyage à Lille, pour assister à une représentation de “Les Enfants Terribles” de Philip Glass. Il faut donc enclencher le mouvement. Je me dirige bientôt vers la douche, dont l’eau brûlante m’aide à me réveiller. Les mille petites choses auxquelles on doit penser avant un départ s’imbriquent peu à peu dans mon esprit.
Dans la cuisine, je prépare le thé sans perdre de temps. En attendant qu’O. émerge, je m’installe ensuite devant l’écran et lance les combats de l’UFC de Londres qui se sont déroulés la veille. La violence nue,animale des combats, l’athlétisme des corps, l’endurance des combattants constituent un spectacle qui ne cesse de me fasciner depuis quelques années. Tandis que je bois mon thé à petites gorgées, j’entends l’eau de la douche couler de nouveau, signe qu’O. a réussi à s’extraire du lit. À dix heures, nous sommes fin prêts et quittons alors l’appartement. Le soleil brille et le 13ème arrondissement s’offre à nous dans sa banalité tranquille : les façades des immeubles bigarrées, les commerces aux devantures barrées de grilles, les trottoirs fraîchement lavés, reflétant la lumière généreuse du jour.
Le bureau de vote se trouve dans l’école juste en face de notre immeuble. Il suffit de traverser la rue. Cette commodité me frappe toujours : participer à une décision collective majeure pour la vie de la cité, et n’avoir à parcourir que quelques mètres pour cela. À l’intérieur, déjà quelques personnes âgées attendent de déposer leur bulletin dans l’urne. Les volontaires pour assurer la vie du bureau de vote semblent nombreux aujourd’hui. Une petite nouveauté : la présence de deux urnes, l’une pour l’élection du maire d’arrondissement et une autre pour l’élection du maire de Paris. Dès l’entrée, des piles de bulletins sont à disposition. Nous accomplissons notre devoir avec une rapidité déconcertante. La conception et l’organisation de l’élection physique, moment-clé d’une démocratie, ont cette mécanique simple touchant au génie. Si le vote électronique pourrait au peuple de donner plus souvent son avis, ce processus opaque, car par essence plus technique – rendant les différentes étapes du vote invérifiable pour la majeure partie de la population – restera peut-être un obstacle insurmontable à son déploiement dans notre démocratie.
À la sortie du bureau de vote, nous commençons notre périple vers Lille en prenant la direction du métro. À la station Place d’Italie, une rame de la ligne 5 semble nous attendre pour le grand départ. Mais aujourd’hui quelque chose déraille dans le rythme. Le conducteur adopte une hâte presque agressive : les portes se referment en quelques secondes, provoquant à chaque station des soupirs d’agacement, des mouvements brusques, des passagers qui se heurtent, se bousculent pour entrer de la part des usagers. Assis, je m’étonne de cet empressement contre-productif, car plusieurs fois une jambe ou un sac d’un passager surpris par la brièveté de l’arrêt empêchent les portes de se fermer, faisant perdre les quelques secondes que la rage du conducteur semblait vouloir conquérir.
Lorsque nous arrivons à la gare du Nord, l’effervescence règne. Le grand hall est rempli et les voyageurs se croisent en tous sens. Le lieu, avec sa vaste verrière et son agitation permanente, possède une grandeur presque théâtrale. Nous nous arrêtons aux Merveilleuses pour prendre un petit déjeuner. Le pain au lait fourré emplit ma bouche avec une ganache à la douceur surprenante. Je n’attendais rien de bon des boutiques présentes et je suis agréablement surpris.
Le train est annoncé voie 14. Nous embarquons dans la voiture 1, chacun tenant un thé brûlant acheté à l’échoppe la plus proche. Dès l’entrée, la vétusté saute aux yeux : les moquettes aux teintes d’une autre époque, fanées, aux motifs datés. Cet exemplaire du fleuron français du ferroviaire a mal vieilli. La porte des toilettes saugrenue, à battant, m’amuse, même si j’en comprends l’usage. Je me fais une note mentale pour vérifier si son usage a perduré sur les nouveaux modèles de TGV.
Le train se met en marche. Les paysages défilent et je me laisse envahir par cette sensation particulière du voyage : être en mouvement sans effort, traverser des espaces sans les habiter. Comme souvent en voyage, je mets le temps à profit pour prendre des notes et améliorer les plans de mes nouveaux projets. O. regarde des vidéos sur son téléphone à côté de moi. Cela faisait un moment que nous n’étions pas sortis de Paris. Cette journée va nous faire le plus grand bien.
À Lille, le soleil nous accueille avec une générosité inattendue. La ville s’ouvre dans une lumière splendide qui fait resplendir rues et bâtiments. Nous avons une heure d’avance et notre table n’est pas encore libre au restaurant où nous avons réservé, une brasserie dans le centre-ville. Qu’à cela ne tienne, nous marchons sans but précis pendant une heure, laissant nos pas décider de l’itinéraire. Comme pour Paris, la lumière transforme tout : les façades, les pavés, les plans d’eau.
Nous effectuons notre promenade le long du boulevard de la Liberté, puis vers le quai du Wault, avant de longer le canal de la Moyenne-Deûle. L’espace de la citadelle est énorme. Les Lillois profitent du soleil avec une sérénité communicative. Des groupes sont assis sur les quais, partageant une pizza, des enfants courent sous la surveillance de leurs parents, des couples marchent lentement. Une forme de plénitude simple des jours ensoleillés a envahi la ville.
Nous revenons finalement à la brasserie, affamés. Le repas est excellent, avec une entrée aux écrevisses qui m’enthousiasme. En parcourant la liste des vins, un Pouilly-Fuissé du château de Beauregard – un domaine que j’apprécie particulièrement – retient mon attention. Malgré sa jeunesse, il s’avère très agréable et accompagne notre déjeuner avec entrain. J’ai pourtant opté pour un steak au poivre en plat et le vin ne peut pas l’accompagner avec justesse. Mais cela n’est pas un problème pour moi quand je suis séduit par une bouteille. Elle se suffit à elle-même dans le plaisir que j’ai à la déguster.
Mais le temps file. Au sortir de la brasserie, nous nous dirigeons directement vers l’opéra tout proche, pour assister à la représentation que nous sommes venus voir. J’apprécie Philip Glass, que j’ai connu au lycée, mais dont j’ai écouté une part importante de l’œuvre pendant que nous étions à Shanghaï. La bâtisse de l’opéra, dessinée par Louis-Marie Cordonnier, est intéressante, dans un style néo-classique, inspiré des théâtres italiens. À l’occasion de mes recherches pour cet article, j’apprends que la première est donnée pendant l’occupation de Lille de 1914 à 1918 par les Allemands. La première “française” a lieu en 1923.
“Les Enfants Terribles” est une pièce pour trois pianos et voix. La mise en scène est très réussie et la scénographie est remarquable, organisée autour d’un plateau tournant portant les murs d’un appartement, qui montre les différentes pièces en coupe, laissant voir les acteurs passer de l’une à l’autre, tandis qu’en pivotant, des pièces peuvent disparaître. Les corps se déplacent avec précision. Les voix cependant manquent – d’après moi – d’un peu de puissance et pour certaines d’expressivité. Néanmoins, l’ensemble fonctionne et nous sommes émerveillés, très enthousiastes à la fin du concert malgré ces imperfections. Après le concert, nous visitons l’édifice et des explications sur l’œuvre sont données dans le grand foyer, sûrement l’espace que je préfère dans cet opéra. Les grandes verrières et les luxe de décorations du plafond dont des dorures généreuses, flattées par la lumière abondante de l’espace, sont très réussis.
À la sortie, le contraste est brutal. Le soleil désormais caché, les températures s’en ressentent. La lumière a changé de nature. Nous marchons dans le centre-ville pendant une heure, mais bientôt le besoin de se réchauffer l’emporte. Après avoir réservé un peu plus tôt, nous entrons dans un petit restaurant qui s’avère médiocre. Tout y est approximatif : la cuisine, le service et l’ambiance. Nous restons à peine quarante minutes, i cet endroit ne s’inscrivant pas dans la réussite de cette journée.
Peu avant 20h, nous repartons rapidement vers la gare. Le froid, vif désormais, correspond davantage à l’image que je me fais de Lille, une ville plus austère, plus retenue, que celle nous avons connu cette journée. Nous marchons vite à travers les rues, presque en silence. Enfin la gare apparaît, et avec elle le début de notre retour vers la capitale.
Le train est déjà à quai. Il part à l’heure, avec ponctualité, ce qui instaure le voyage dans un cadre rassurant. O. et moi avons eu par le passé des mauvais souvenirs de voyages en train. Le retour se déroule sans incident, mais nous éprouvons une fatigue croissante, malgré l’ambiance sereine de la première classe. L’heure tardive et la courte durée du trajet n’invitent pas à se reposer véritablement.
Depuis la gare du Nord, nous regagnons le treizième arrondissement sans encombre Nous nous installons sur le canapé, trop éreintés pour faire autre chose que de laisser le temps passer. La journée a été longue, dense, presque trop chargée. Heureusement, cela n’est pas le cas tous les week-ends.
FIN
C’est tout pour aujourd’hui 🥹 J’espère que vous avez aimé cette journée dans ma vie et mon métier d’écrivain. N’hésitez pas à vous abonner si c’est le cas !
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